Par sa formation et son cheminement, Guy Bigot embrasse tout un pan de l’histoire de la peinture française du XX ème siècle. De son passage à l’Académie de la Grande Chaumière dans l’atelier de Othon Friesz, il gardera dans sa première période figurative un sens affirmé des contrastes, du trait. Son travail évoluera rapidement vers un expressionnisme figuratif, une peinture tendue, très dessinée, qui sera la marque de sa production des années cinquante. Les tableaux de cette première période sont consacrées à son thème de prédilection : la Bretagne maritime, dans des tons de gris et de terre. Des tableaux comme « Bréhat » (1945), « Femmes sur le port (1950) », ou encore « Femmes à Ouessant » (1953) témoignent de son enracinement dans cette Bretagne peu sensible aux changements, austère et âpre.
Pour autant, Guy Bigot ne rejette pas une certaine abstraction : dès la fin des années 40 ( il reçoit en 1947 le Prix National et en 1949 le Prix Hallmark ), ses huiles sur toile – qu’il qualifiera lui-même d’ « exercices de purification » – témoignent de son goût pour une représentation subjective libre de toute figuration, « sans concession au jeu gratuit des formes et des couleurs ». Guy Bigot y verra rétrospectivement un « tremplin aux transmutations » ultérieures de son œuvre…

Ci-contre, Guy Bigot, Autoportrait, 1942, Huile sur toile, 55 x 46 cm

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À partir de la fin des années cinquante son travail évolue vers un « paysagisme abstrait » qui, tout en conservant la même palette chromatique, fait éclater la représentation en fragments dispersés. On notera avec intérêt qu’au terme abstraction, Guy Bigot préférera l’expression de Non-Figuration, plus apte à ses yeux à rendre compte de son rapport au monde. Il ne s’agit pas tant d’épure que de perception éclatée et recomposée, de « cheminement vers un chaos organisé », ainsi qu’il l’écrira à propos de La Nuit de ce monde, en 1965.
Dans les années 70-73 la palette assourdie des périodes antérieure s’ouvre à une gamme « haute de toutes les couleurs et libre », à laquelle font écho les titres des œuvres : « Jubilation du littoral et des mers » (1972), « Miroir et soleils » (1972 ou encore « Histoires et Géographies de Venise » (1972).

Principales expositions
Rétrospective, galerie TrES, Nantes, avril 2026.
Galerie Martine Namy Caulier, Paris, octobre 2010
Galerie Convergence, Nantes, janvier 1986
Galerie Principe, Paris, 1978
Exposition personnelle, galerie Convergence, Nantes, 1978-1979-1980-1983-1986-1989 et Paris 1990
Guy Bigot, 40 années de peinture, Musée des Beaux-Arts de Nantes 1975
Exposition personnelle, Galerie La Roue, Paris, 1973
« O Point », Galerie La Roue, 1968
Salon de réalités Nouvelles, Paris 1967
Années des « Grands Collages » et « Aquarelles Reconstruites » 1966
Dix ans d’acquisition, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, 1965

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Exposition personnelle à la galerie La Roue, Paris, 1962
Exposition au Salon d’Automne, 1960 et tous les ans
Exposition « Rencontre d’Octobre » à Nantes, 1958-1959-1964-1966
Exposition personnelle à la galerie Lucien Durand à Paris, retour à un art non-figuratif. 1954

Recherches picturales abstraites, accrochages chez Denise René, 1947-1949

Première exposition au Salon d’Automne, 1941

Œuvres figuratives

Nature morte, palourdes et grondins, huile sur toile, 50 x 73 cm
Nature morte, araignée et grondins, 73 x 92 cm

Les tableaux figuratifs de Guy Bigot ne sont pas exempts d’une certaine ambivalence. D’un côté, le graphisme anguleux des objets et des personnages, les lignes droites, les contours épais, la palette limitée à des gris, des terres, des noirs dessinent un monde dépouillé qui semble vide de sens et qui évoque irrésistiblement une conception absurde du monde. La perspective inversée projette l’œil glauque des grondins et le visage monstrueux de l’araignée vers le spectateur, promu nouveau Roquentin sommé de faire face à l’obscénité du réel. Les arbres des « Bûcherons », leurs branches acérées tendues désespérément vers un ciel vide, ne dépareraient pas dans le décor d’une pièce de Beckett. Mais cependant l’un des bûcherons esquisse un sourire, les personnages de « Paysage et personnages »s’activent à transformer le monde et les « Quatre Bretonnes » vêtues avec recherche posent fièrement sur le quai dans un mutisme qui exprime la fierté de leur condition plus que la résignation à un destin de soumission.
Dans le contexte politique et philosophique de l’époque, cette tension est un enjeu d’importance. Entre description figurative du monde et « recryptage du même monde » Guy Bigot va « opter pour le rêve » dans son « paysagisme abstrait ».

Paysage et personnages, 89 x 116 cm
Les Bûcherons, 64 x 92 cm
Quatre Bretonnes, 89 x 116 cm

Compositions abstraites

Composition abstraite, huile sur toile, 79,5 x 49,8 cm
Comme si s’écartait la mer, 1957, huile sur toile, 57 x 81 cm
L’exil n’est point d’hier, huile sur toile, 73 x 60 cm
Sous-bois, Stang-ar-Reo
1958 Huile sur toile
115,6 x 88,8 cm

Dans les années 55-60, Guy Bigot opère un retour à la « non-figuration ». La mer, les rivages, l’eau, les sous-bois sont alors dissociés en plusieurs éléments et recomposés par la puissance de l’imaginaire

Chaque aube est la première, huile sur toile, 93 x 73, 1957.

Voir 4 tableaux de plus

El Desdichado, huile sur toile, 81 x 100 cm

Les Espaces de l’Aube, huile sur toile, 38 x 46 cm

Les Fileuses de salpêtre, huile sur toile, 60 x 73 cm, 1957.

Grands collages

À partir de 1965, Guy Bigot entame une série de grands collages qui juxtaposent les signes de la nature en éléments éclatés. Les formats sont impressionnants : 166 x 231,8 cm pour « Rencontre de Protée sur le plateau », 190 x 166 cm pour « Histoires et géographies de Venise ».

Puis succédera la période des collages colorés. En évoquant à ce propos « une éternité retrouvée », Guy Bigot rend hommage à ses amis poètes, René Guy Cadou, André Salmon, Michel Manoll, tant d’autres et plus encore.

La peau des choses
1974, Ppume, encres, lavis d’aquarelle, acrylique, collage sur papier

« Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil. »

Rencontre de Protée sur le plateau, 1966,
Collage sur toile, acrylique
166 x 231,8 cm
Histoires et géographies de Venise, 1972, collage et acrylique sur toile
190 x 166 cm
La Nuit de ce monde, 1965, collage, 112 x 148 cm