Les Paysages de Pierre Cornière

  • Post category:Critique / Reportage
  • Commentaires de la publication :0 commentaire
  • Temps de lecture :3 mins read

GALERIE LE TRIPHASÉ, du 12 mars au 11 avril 2026

Pierre Cornière – Fenêtre – 2017
Pierre Cornière – (Croissance) I – 2022
Pierre cornière – (Croissance) – 2023

Des mosaïques murales des villas romaines jusqu’aux œuvres radicales de l’Arte Povera ou du Land Art, le rapport de l’art et de la nature a subi mille métamorphoses, suivi mille chemins, bifurcations, errances. Mais la peinture de paysage, depuis son émergence en Europe il y plus de cinq cents ans jusqu’à son arraisonnement du monde contemporain n’a jamais cessé d’exister, vivace, résiliente, intempestive.
La galerie Le Triphasé nous offre de découvrir une trentaine de tableaux de Pierre Cornière, tableaux qui témoignent de cette passion du paysage, intemporelle, toujours recommencée, jamais lasse. Si le peintre a été – de son propre aveu – largement marqué par les paysagistes du XIXè siècle, de Corot aux Impressionnistes, il ne s’interdit pas pour autant pas d’aller vers une forme d’abstraction.
En fait, Pierre Cornière est un dilettante – au sens original et noble du terme. Il se délecte de voyager dans le temps, dans le temps de l’histoire du paysage en peinture. Ses montagnes nous transportent dans l’Europe romantique, ses ciels nous rappellent Constable, ses jardins nous emmènent à Giverny, ses « Fenêtres » nous ouvrent les yeux sur « l’étonnante ressemblance »(1) entre Moine au Bord de l’Eau de C.D. Friedrich (1810) et Green on Blue de Rothko.
Quelle est cette passion impérieuse qui pousse un peintre vers le paysage, sans relâche ni rémission ? Pierre Cornière a peint son jardin, infiniment, dans l’infinie variation des couleurs et de la lumière qui émerge des ses glacis. D’autres avant lui l’ont fait, meules et cathédrales, arbres de Mondrian. Mais plus encore que la saisie de l’instant, la peinture de paysage est un défi, une tentative sisyphéenne de briser la glace entre le Monde et la Terre (2). Pierre Cornière peint des paysages vides de toute présence humaine, où, pour reprendre les termes de Philippe Jaccottet, « d’où les figures [se sont] enfuies » (3) : exit les nymphes et l’Arcadie, exit l’attirail mythologique du Titien de Bacchus et Ariane.
Les paysages de Pierre Cornière tentent, avec légèreté, d’approcher la « grâce de l’Origine »(4), fragile, insaisissable, et d’autant plus précieuse.

Galerie Le Triphasé, 20 bd. Gabriel Guist’hau, 44000 Nantes, exposition du 12 mars au 11 avril 2026.


1-L’exemple de Rothko : Pseudomorphose et métamorphose
De l’héritage romantique à la dislocation de la figure.
Christine Bertin, Université de tours, 1990.
2-Martin Heidegger, L’origine de l’œuvre d’art, Paris, Rivages Poche, 2014.
3-Philippe Jaccottet, Paysages avec figures absentes, Paris, Gallimard, 1970.
4- ibid.

Laisser un commentaire