Gwenhaël à la galerie TrES
Après un accrochage consacré à Guy Bigot, le galeriste Chang Rim Ji poursuit son hommage aux artistes nantais et régionaux avec une exposition d’une vingtaine d’œuvres du peintre Gwenhaël Boré, dit Gwenhaël.
Pendant une trentaine d’années, de 1961, date où – jeune prodige – il fut découvert par la galerie Boulaouën, jusqu’au début des années 90, où il cessa de peindre, Gwenhaël a exploré diverses techniques picturales, traversé divers courants sans jamais déroger à son exigence de liberté.
On a facilement identifié au fil des expositions, par-delà la variété de ses productions, diverses influences. Comment pourrait-il en être autrement ? Surréalisme de ses débuts, expressionnisme abstrait et abstraction géométrique des années 70-80. Gwenhaël a eu la liberté, l’audace, de ne pas se laisser enfermer dans une école : liberté des formes dans des toiles d’inspiration gestuelle ou lyrique d’un côté, ordonnancement rigoureux et maitrisé dans ses toiles géométriques de l’autre. L’unité profonde de son œuvre est à chercher ailleurs : dans l’exploration infinie des possibilités de la matière, en particulier dans l’assemblage de matériaux insolites et hétéroclites. C’est ainsi que ses toiles ont incorporé des mélanges de pigments, de colle, de sable, de graines, de coquillages mais aussi des objets triviaux, tickets de métro, boites de conserves ou encore capsules de bière, pratique dont il n’est certes pas l’inventeur, mais dont il a su faire le ressort de son inventivité créatrice.
Pendant cette période nombreux sont ceux qui se sont abandonnés aux vertiges de la tabula rasa et ont marché avec entrain aux pas des avant-gardes. D’aucuns ont proclamé haut et fort qu' »ils [n’étaient pas] peintres » (BMTP)*, d’autres, comme Viallat, n’ont pas caché pas leur volonté de voir disparaître le tableau, d’autres enfin se sont contentés de le mettre en pièces (Support Surface). Gwenhaël, lui, est resté fidèle à une pratique classique attachée à la toile et au châssis, indifférent aux sirènes de la déconstruction et aux hérauts de la Mort de l’art. (voir l’article sur le groupe Archipel).
L’exposition à la galerie TrES nous offre aujourd’hui une plongée dans le temps et l’opportunité de vérifier que, pour être contemporain, il faut ne pas craindre d’être inactuel.
*Buren, Mosset, Parmentier,Toroni, texte d’accompagnement leur manifestation au Salon de la jeune peinture en janvier 1967.
JLG
Hommage à Gwenhaël, du 26 février au 14 mars 2026, galerie TrES, 3 rue Bossuet, Nantes





