Galerie TrES du 10 au 26 septembre 2026.

Né en 1923 à Jecheon, dans la province de Chungcheong du Nord, mort à Séoul en 2012, Ahn Young-Mok, est un grand peintre des paysages de son pays natal déclinés en autant de vues de proximité ou de lointain. Il resta toute sa vie fidèle à l’intuition qu’il mit inlassablement en œuvre : « l’abstraction existe dans la figuration, et la figuration existe dans l’abstraction ». Il peignit une cartographie et une topologie des sites et esprits des lieux de Corée uniques en leur genre : l’immensité des monts ou le surgissement d’un petit temple d’entre les arbres devenus de simples lignes colorées.

Voir plus : la peinture abstraite coréenne. Le mouvement Dansaekhwa (Années 1970)

Wook-kyung Choi, Le Commencement est le Conclusion, 1965, huile sur toile, 113,5 x 113,5 cm, collection particulière, Seoul, © Photo : Keith Park

Après la guerre de Corée, une nouvelle génération d’artistes se constitue et s’affirme en opposition aux institutions artistiques traditionnelles. Le Manifeste Gukjeon de 1956 rédigé par quatre jeunes diplômés de l’Université Hongik, Park Seo-bo, Kim Young-hwan, Kim Chung-sun et Moon Woo-sik, affirme ainsi son rejet du réalisme rigide largement hérité de l’académisme japonais de l’époque coloniale et appelle à une liberté totale de création et à l’ouverture de la Corée aux courants modernistes internationaux.
Marqués par le traumatisme de la guerre, ils se tournent vers une peinture gestuelle et texturée, très proche de l’Expressionnisme abstrait américain ou, dans une démarche plus radicale, plus ancrée, vers ce qu’on appellera le « monochrome coréen » (Dansaekhwa). Ce dernier mouvement travaille avec toute la gamme d’une teinte particulière, explorant les façons dont elle est affectée par la lumière et l’obscurité, la texture, les matériaux.

Return 77-A (1977) – Chung Chang-Sup

Après avoir été brièvement tenté par l’abstraction, Ahn Young-Mok adopte la voie singulière qui sera la sienne jusqu’à sa mort : une synthèse audacieuse et originale, portée par une vision de la peinture qui transcende les oppositions figuration/ abstraction.
Ahn Young-Mok peint sur le motif quels que soit le temps, le terrain, le danger, parfois en guide de tout un groupe d’artistes en devenir portés par la liberté d’expression, par la force émanant de sa palette chromatique.
En hiver, vêtu de plusieurs couches de vêtements calorifères, il emporte sur le site ses lourds chevalets.
C’est ainsi qu’il met en place une profondeur de champ unique en son genre, structures géométriques fluides, voisinant avec des reliefs en lutte : roses ardents des fleurs des cerisiers coréens qu’il peignait presque exclusivement dans ses derniers mois, violets, mauves, bleus juxtaposés ou emmêlés, le bleu du ciel et de la terre, des jaunes incandescents, le blanc en touches fines de neige, ou précipitant le tableau dans les abysses, coulées ou moraines.

Échos

Dans les années 80, Ahn Young Mok bénéficie d’une reconnaissance internationale et sa peinture est une source d’inspiration pour toute une génération de peintres coréens. Mais son influence s’étend au-delà de la sphère de la peinture et touche également des poètes.
C’est ainsi qu’inversant la proposition commune qui fait de l’image une illustration du texte, la poétesse Kza Han s’est inspirée des tableaux d’Ahn Young Mok pour composer des poèmes où l’image joue comme source d’une écriture dégagée de toute contrainte descriptive.

Ordalie

Issu
des eaux primordiales
le roseau axial
se purifie-t-il
par le feu
au retour du pays des morts ?
Du corps
d’un noyé
issu
le roseau dressé
accuse-t-il
l’assassin
au retour d’un son de flûte ?